La musique des SoulsTorn rugissait dans l’habitacle, couvrant le martèlement hypnotique de l’averse…

Prologue

Voici le prologue du roman : Les effets du chlore sur le cerveau T3. Je vous souhaite une bonne lecture…

Prologue

La musique des SoulsTorn rugissait dans l’habitacle, couvrant le martèlement hypnotique de l’averse. La pluie fouettait le pare-brise en longues traînées désordonnées, aussitôt chassées par le ballet frénétique des essuie-glaces. Tokyo, noyée sous l’eau, n’était plus qu’un enchevêtrement de néons et de reflets tremblés.

Reita serrait le volant à s’en blanchir les phalanges. Sa mâchoire était verrouillée, crispée comme s’il contenait un flot de pensées trop lourdes. La journée l’avait épuisé.

Les réunions.

Son père.

Toujours cet affrontement muet, étouffant.

Et maintenant… rentrer chez lui. Retrouver Yuki.

Il soupira, le regard rivé sur la route luisante. Sa femme l’attendait-elle ? La simple idée fit naître une vague nausée, une crispation sourde au creux de son estomac. Le poids de son mariage s’abattait sur lui, implacable, suffocant.

Avant, il se précipitait chez lui.

Avant, il rentrait avec des papillons dans le ventre, brûlant d’impatience à l’idée de retrouver Katsuo.

Mais c’était avant. Il ne parvenait pas à tourner la page malgré le temps.

Pourtant, le visage de son ancien amant s’imposa à lui. Son sourire. Sa chaleur…

Stop! Ce temps-là était révolu.

Son regard se durcit. Il n’était plus cet homme.

Sous sa veste trempée, un frisson le parcourut. Était-ce le froid… ou autre chose ?

Il fallait entrer.

Il devait affronter Yuki.

Une demi-heure plus tard, il gara sa voiture dans le garage. Le portail se referma dans un ronronnement mécanique. La chaleur du moteur s’évaporait lentement dans l’air humide. Le silence s’engouffra, brutal. Un instant, il resta figé, les mains crispées sur le volant, incapable de bouger.

Reita resta quelques secondes immobile, toujours hésitant. Tout était silencieux.

Ses vêtements lui collaient à la peau. Il frissonna. Non pas à cause du froid, mais de la lassitude écrasante qui l’envahissait. Il devait bouger. Entrer. Affronter ce qui l’attendait.

Il poussa la porte. Après un rapide coup d’œil, il fut soulagé. Personne dans l’entrée. Pas de Yuki. Bonne nouvelle.

La maison était plongée dans une semi-pénombre. Dans la cuisine, seul le léger bourdonnement du réfrigérateur troublait le silence. Il posa son attaché-case, se débarrassa de sa veste trempée et l’accrocha distraitement sur une chaise.

Son regard glissa sur le plan de travail. Bière. Tomates cerises. Il en saisit quelques-unes, les fit éclater sous ses dents. Le jus acidulé se répandit dans sa bouche. Ses épaules se détendirent.

Il ouvrit la canette, avala une longue gorgée, savourant l’amertume qui se déployait sur sa langue.

Enfin un moment de calme…

— Tu rentres tard.

Le ton était tranchant. Un fil de rasoir sur sa peau.

Reita se raidit instantanément. Ses doigts se resserrèrent autour de sa canette. Yuki. L’épiait-elle ?

Sa femme se tenait dans l’encadrement de la porte, bras croisés, silhouette tendue.

Il ferma les yeux une seconde avant de lui faire face. Pas ce soir… songea-t-il, accablé.

— Arrête, Yuki. Pas maintenant.

Elle fit la moue.

— Arrêter quoi ? D’espérer ? Il n’y a jamais de « bons moments » avec toi.

Reita encaissa le coup et ne répondit pas. Yuki insista, son regard froid, calculateur.

— Tu m’évites, c’est ça ?

— Ne te donne pas autant d’importance.

Il détourna le regard, cherchant à s’éloigner. Ne pas alimenter le conflit. Il avait eu sa dose dans la journée. Il but une gorgée de bière pour se donner une contenance. Il refusait de fuir, mais il n’était pas non plus capable de soutenir son regard.

— Le lancement de la nouvelle campagne me prend tout mon temps.

Yuki esquissa un sourire moqueur. Mauvais signe.

— Toujours la même excuse… Ai-je besoin de me réjouir que ton amant soit à l’étranger ?

Un éclair de colère traversa Reita. Il planta ses yeux dans les siens, mais se retint. Pas ce soir.

Il termina sa bière et la posa sur la table. Le bruit sec meubla le court silence. Sans un mot, il se détourna, prêt à quitter la pièce.

— Où comptes-tu aller ? Je n’ai pas fini !

Elle tenta de l’attraper par le bras. Il l’esquiva. Ses doigts effleurèrent sa chemise, et un frisson de dégoût le traversa. Derrière lui, Yuki s’écria :

— Je n’ai pas l’intention de divorcer, Reita. Je t’aime, tu comprends ?

Il s’arrêta net. Elle reprit, implacable :

— Tu peux m’ignorer, mais je ne te lâcherai pas ! Pense à Etsuko !

Un nouveau frisson le parcourut. Cette fois, c’était de la colère. Etsuko, sa fille chérie.

Il se tourna lentement vers elle, la voix voilée de menace :

— Ne l’utilise pas comme une arme contre moi.

Il reprit sa route vers le salon. La télévision diffusait un programme de musique pop. Les paroles acidulées contrastaient avec l’ambiance pesante.

Yuki l’avait suivi. Elle ouvrit la bouche, mais une autre voix résonna, douce et hésitante.

— Dada ?

Sur le seuil, Etsuko et sa nourrice. Cette dernière paraissait gênée de tomber en plein conflit. La petite gigotait dans ses bras, tendant ses mains vers lui.

— Dada !

Reita sentit quelque chose se briser en lui. Il s’approcha et la prit dans ses bras. Le contact de sa fille fit redescendre la tension accumulée.

Chaleur. Douceur. Son parfum sucré.

L’odeur de l’innocence.

— Ma chérie…

Elle hoqueta, enfouissant son visage dans son cou.

— Dada…

Il lui caressa doucement les cheveux.

— Tu veux que papa te chante une berceuse ?

Il chuchotait à son oreille, la berçant doucement.

— Reita, tu m’as oubliée ?!

La voix de Yuki le ramena brutalement à la réalité. Il jeta un coup d’œil vers sa femme. Elle paraissait encore plus furieuse. Inconsciemment, il resserra son étreinte sur Etsuko.

Un bruit de fond attira son attention.

« … nouvelles des SoulsTorn… »

La télévision était allumée, diffusant un programme musical. L’attention de Reita fut immédiatement capturée.

« Les avocats du groupe, négocient actuellement la libération de Fuji Katsuo alias Shiro… mondialement connu pour… »

Le sang de Reita se glaça.

L’image apparut à l’écran. Katsuo, la mine sombre, menotté, entouré de policiers.

« En effet, il a été arrêté hier soir à New York… six mois de prison et une amende de 350 000 dollars lui sont d… »

Reita serra Etsuko contre lui, le cœur battant à tout rompre.

Il n’entendit même pas Yuki éclater de rire derrière lui.

— Dada ?

La petite leva les yeux vers lui, inquiète.

Son regard passa de l’écran à sa fille. Serrant Etsuko toujours plus fort, il quitta la pièce, laissant derrière lui sa femme et son hilarité venimeuse.

Je dois aller le voir.


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