
On me demande parfois : “Et toi, tu fais quoi dans la vie ?”
Je pourrais répondre simplement : “Je suis autrice.”
Ce qui donne lieu à d’innombrables questions. Mais dès que j’essaie d’expliquer un peu, je me retrouve à sortir une phrase qui ressemble plus à un inventaire qu’à un métier : j’écris, je corrige, je prépare des e-books, je m’occupe de la mise en page, je poste sur Ko-fi, je publie des articles de coulisses, je me forme à l’illustration, je réorganise mon planning dans Notion…
Bref : je suis autrice indé, donc je porte mille casquettes sur la même tête.
Autrice, mais pas seulement
Dans l’imaginaire, autrice = quelqu’un qui écrit un livre, l’envoie à une maison d’édition, et attend que tout suive : correction, couverture, mise en forme, impression, communication…
Dans la réalité, pour une autrice indépendante, écrire le texte n’est que la première couche.
Pour Amor Puede Matar, par exemple, j’ai :
- créer l’univers, les personnages, lieux, communautés, hiérarchie etc.
- dicté les chapitres,
- réécrit les passages bancals,
- relu encore et encore,
- réfléchi à la structure de la trilogie sur plusieurs années.
Ça, c’est la partie “autrice”.
Éditrice maison d’édition de poche
Mais ensuite, il y a tout ce qui ressemble au travail d’une éditrice. Je résume un peu :
- transformer le manuscrit en e-book lisible,
- vérifier les sauts de ligne, les guillemets, les italiques,
- remplir des formulaires sur Kobo, Amazon & co,
- surveiller les couvertures (jusqu’au moindre accent mal fichu),
- penser au calendrier de sortie : quand publier le tome 1, puis le 2, puis le 3…
Chaque plateforme a ses règles, ses formats, ses questions bizarres.
On passe du monde des personnages à celui des métadonnées, des catégories, des “veuillez confirmer que vous êtes bien la détentrice des droits”.
Ce n’est pas très glamour, mais sans ça, le livre n’existe pas ailleurs que sur mon ordinateur.
Community manager, graphiste, planificatrice…
Et comme si ça ne suffisait pas, il y a la partie communication.
Depuis le lancement d’Amor Puede Matar en ligne, je jongle avec :
- mon site,
- Ko-fi,
- Substack,
- Wattpad,
- parfois Facebook et Pinterest
- et les articles “Coulisses” que vous êtes en train de lire.
Il faut :
- écrire les posts,
- adapter le ton à chaque plateforme,
- créer ou choisir les images,
- vérifier les liens,
- programmer les publications,
- répondre (quand je peux) aux commentaires.
À côté, je me forme à l’illustration, parce que je veux pouvoir proposer des couvertures, des cartes, des goodies qui viennent de mon univers à moi. Ça signifie :
- suivre des programmes comme DPS, Domestika, Tuto.com,
- apprivoiser Clip Studio Paint,
- remplir des pages d’exercices (hachures, formes, perspectives, anatomie…),
- et rêver déjà aux illustrations d’APM, aux cartes de tarot, à tout ce qui viendra ensuite.
Et, en toile de fond, il y a encore d’autres casquettes invisibles :
- organisatrice de planning (vive Notion et Google Drive),
- gestionnaire de maison,
- personne qui vit avec une fatigue réelle, des yeux capricieux, des trajets à assurer… bref ! Une vie normale quoi…
Une petite maison d’édition ambulante
Tout ça mis bout à bout, être autrice indé, ce n’est pas “juste” écrire des histoires.
C’est souvent :
avoir l’impression de tenir une petite maison d’édition ambulante,
avec une seule personne pour tout faire tourner.
Et c’est là que je me suis rendu compte que je devais changer de manière de travailler.
Je ne peux (plus) pas me demander d’être, chaque jour, à 100 % :
- l’autrice,
- l’éditrice,
- la communicante,
- l’illustratrice,
- la technicienne qui règle le HTML ou le CSS du site,
- et tout le reste.
Lorsque j’ai commencé à vouloir devenir autrice “pro”, vers 2010, il n’y avait pas tout ce qu’on trouve aujourd’hui : livres sur l’autoédition, blogs, formations, retours d’expérience… Tout ça s’est développé petit à petit.
J’ai suivi quelques formations sur le sujet, j’ai lu des méthodes, essayé d’appliquer des “recettes”. Et je me suis rendu compte assez vite que oui, certains points techniques sont indispensables… mais qu’au fond, chaque auteur·ice a sa propre façon de fonctionner.
Avec le recul, je vois que j’ai perdu beaucoup de temps à vouloir coller à des modèles qui n’étaient pas faits pour moi. À essayer de rentrer dans des cadres au lieu de construire le mien.
Alors j’ai commencé à penser autrement, non plus en “journées parfaites” où je ferais tout, mais en projets sur l’année :
- telle période pour la trilogie Amor Puede Matar,
- telle période pour mes formations d’illustration,
- telle période pour poser une communication simple, réaliste, tenable.
Je n’ai pas encore terminé de construire ce système, mais une chose est sûre : si je veux continuer à créer sur la durée, je dois arrêter de me demander l’impossible.
Leçon du jour
On voit souvent “une autrice”.
En coulisses, il y a parfois une personne qui fait le travail d’une petite maison d’édition entière.Une seule tête ne peut pas porter toutes les casquettes en même temps, tous les jours.
Alors on apprend à choisir nos priorités, à avancer par étapes… et à se parler avec un peu plus de douceur. 💛
Laisser un commentaire