
La lumière prit forme avant le reste. Une blancheur trop dense, presque liquide, coulait du plafond et lui mordait les paupières. Sigtrygg ouvrit les yeux par fragments, comme si chaque battement demandait un effort qu’il n’avait plus la force d’offrir.
Un terrible mal de crâne le lancina… avait-il trop bu ? Il se sentait désorienté.
Que lui était-il arrivé ? Où était-il ? Et comment en était-il arrivé là ? Depuis combien de temps était-il ici ? Sigtrygg voulut porter sa main à la tête, il remarqua enfin qu’il ne pouvait pas bouger.
Sa respiration se saccada.
Hein ? Que se passait-il ?
La panique l’envahissait à présent. Il remarqua que ses membres étaient maintenus par un champ énergétique rosé relié à une rosace d’une cinquantaine de centimètres qui flottait au-dessus de lui. Sigtrygg essaya de se débattre, mais rien n’y faisait… La sueur perlait sur son front. Seule sa voix rauque raisonnait dans l’immense pièce immaculée.
Au bout de quelques instants, il abandonna, épuisé et meurtri. Plus il se débattait, plus il recevait des décharges électriques, et elles commençaient à être douloureuses. Sa tête roula sur le côté et son regard vide, enregistra quelques détails qu’il n’avait pas remarqué avant.
Il déglutit péniblement. Sa gorge était sèche. La pièce entière vibrait d’un calme qui n’appartenait ni aux hommes, ni aux mondes qu’il connaissait.
Son impuissance le terrifiait, tout comme cette pièce où il avait été abandonné. Ne pas savoir était une torture mentale. Il détestait se sentir diminué… il avait envie de pleurer. Il ravala ses larmes… non, il ne renoncerait pas. Il trouverait un moyen de s’échapper d’ici où qu’il soit.
Et en même temps, il se sentait inexplicablement faible… trop faible… Que lui avait-on fait ? Il en était certain, cette apathie inhabituelle ne lui appartenait pas. Partout où son regard se posait, il voyait des objets inconnus et terrifiants.
Par la fenêtre carrée et haute, il pouvait apercevoir un ciel d’azur exempt de tout nuage. Rien qui pouvait lui donner des indices sur qui était responsable de son statut de prisonnier… Cela ne pouvait pas être un Tzaylan qui soit responsable de cet état… un étranger ? Qui ? Pourquoi ?
D’ailleurs, qui à…
Un chuintement discret fendit l’air et attira son attention. Une silhouette se dessina. Trop droite, trop élégante dans son costume sombre et orné de motifs en arabesque, totalement inconnu de Sigtrygg.
Orancio Arenvalde traversa la pièce avec un grand sourire. Il s’approcha avec cette manière polie qui donnait l’impression d’être observé à travers un verre de laboratoire. Ses yeux pétillaient d’une joie malsaine noua la gorge de Sigtrygg.
— Ne bougez pas, murmura-t-il. Le sceau se dérègle lorsque vous luttez… enfin je suppose que vous l’avez constaté vous-même, il comporte quelques désagréments.
La voix modulée avait la douceur d’une main posée sur une blessure — et la cruauté d’un scalpel dissimulé dessous.
— … Sachez aussi que cela n’est pas pour me déplaire.
L’homme avait suspendu son visage juste au-dessus de celui de Sigtrygg. Il l’observait avec autant de curiosité que lui. L’homme devait avoir dans la quarantaine… Ses cheveux noirs étaient plaqués sur sa tête et luisait à la lumière. Pas une mèche ne débordait. Avait-il mis de l’huile ? se demanda inconsciemment Sigtrygg.
Il portait un monocle ouvragé sur l’œil droit et quelques filaments lumineux brillaient comme pulsait un cœur.
— Vous me paraissez bien jeune… murmura-t-il pour lui-même.
— Je suis un adulte !
Cette réflexion spontanée et enfantine fit sourire son geôlier.
— C’est beau la jeunesse, ricana-t-il avant de se reprendre. Mais passons à autre chose, voulez-vous ? Je suppose que vous vous demandez où vous vous trouver ?
— Évidemment ! Pourquoi je suis ici ? Que me voulez-vous ? Quand est-ce que je serai libre ? Je veux r…
L’homme posa son index sur les lèvres de Sigtrygg. Il était glacé, tout comme son sourire.
— Vous êtes bruyant.
L’interlocuteur de Sigtrygg était si proche qu’il sentait son souffle lui caresser la peau. Il ne put s’empêcher de frissonner de dégoût et de peur. Cela accentua le sourire de son geôlier.
— Sa majesté vous réserve un grand destin, le savez-vous ?
De quel destin lui parlait se fou ? L’index qui était toujours posé sur ses lèvres, se mit à battre au rythme des paroles.
— Connaissant son goût pour les animaux bien dressés, il ne va pas manquer de s’occuper de votre éducation.
Sigtrygg écarquilla les yeux. De qui et de quoi parlait ce fou ? se demanda-t-il. Plus le temps passait, plus sa panique augmentait. Il tentait de rester calme… de conserver un minimum de logique…
— Hum… il va falloir vous préparer pour vos noces…
Quoi ? …
— Après tout, il faut que vous soyez beau pour votre mariage. Sa Majesté mérite ce qu’il y a de meilleur…
— Mais bordel ! Qu’est-ce que vous racontez à la fin ? explosa tout à coup Sigtrygg de plus en plus effrayé, mais aussi en colère. Quel mariage ? Et dressé qui ? Vous êtes complètement timbré comme si…
Un râle de douleur s’étrangla soudain dans la gorge. Son tortionnaire venait de toucher la rosace et des impulsions électriques fortes aiguillonnèrent tout son système nerveux. Incapable de bouger la sensation plus parut plus intense… Lorsque la décharge s’arrêta, un halètement et des gémissements remplissaient la pièce, suivis par un ricanement.
— Les grossièretés sont prohibées ici, vous n’allez plus vivre dans le caniveau. Alors surveillez votre langage. C’est bien, vous êtes moins bête que je ne le pensais. Vous avez retenu le principal : vous allez vous marier dans quelques jours avec sa Majesté Lucierio Valcàzar, le puissant empereur d’Alvaria.
Sonné encore par la décharge électrique, Sigtrygg l’entendit, mais ne comprenait pas. Ses yeux voyaient flous, et peu lui importait ce que ce cinglé lui racontait. Orancio se redressa et épousseta sa manche, comme pour se débarasser d’une poussière imaginaire.
— Alala… une simple décharge vous met dans cet état là, mais que se passera-t-il donc lorsque j’en aurais fini avec vous ? C’est vrai quoi ! Les victimes laissent vraiment à désirer de nos jours.
Orancio secoua la tête comme s’il était vraiment déçu par le comportement de Sigtrygg. Puis, il remarqua la sueur abondante qui coulait du front de sa victime. Avait-il été un peu fort ? Enfin, il était vivant, tenta-t-il de se rassurer… si ça ne tenait qu’à lui… Un frisson proche d’un orgasme le traversa en songeant à tout ce qu’il aurait pu faire, si son empereur le laissait faire ce qu’il voulait… Sa langue fine et longue se pourlécha les lèvres, et un râle involontaire s’échappa.
Il se reprit en entendant l’écho de sa voix. Si Lucierio Valcàzar entrait à l’instant même, il serait indéniablement puni, même mort à l’heure qu’il était. Il avait cherché cette clef si longtemps… oui, il aurait été tranché en deux par son épée… ou pire torturé. Il était indéniablement sadique, mais pas maso.
— Tss, tss… Tu as beaucoup de questions, dit-il en s’adressant à Sigtrygg toujours sonné. Mais tout vient à point pour qui sait attendre, mon cher ami.
Il baissa son regard sur le jeune homme et lui tapota l’épaule dans un geste de réconfort qu’il ne savait pas s’il adressait à sa victime ou pour lui-même qui venait de passer par une belle porte ? Peu lui importait. — Bon… puisque Sa Majesté veut un héritier viable… je vais devoir prélever votre sperme.
Un soupir exaspéré glissa de ses lèvres.
— Pourquoi est-ce toujours à moi d’effectuer les tâches les plus… techniques ?
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