
Je n’ai jamais réussi à suivre le modèle classique de l’écrivain. Écrire longtemps, seule, selon une progression linéaire, sans perdre l’enthousiasme. Pendant des années, j’ai cru que le problème venait de moi. Que je manquais de rigueur, de constance, ou que je n’étais simplement pas faite pour écrire sur la durée.
À force d’insister dans un cadre qui ne me correspondait pas, je me suis épuisée, jusqu’à ce que mon corps m’impose un arrêt brutal. Cette expérience a laissé des traces durables et m’a obligée à revoir entièrement ma manière de créer. Continuer comme avant n’était plus une option.
C’est à partir de là que j’ai entamé une recherche plus profonde : non pas pour devenir plus performante, mais pour comprendre comment créer sans me détruire. Cet article est le résultat de cette recherche. Il raconte pourquoi j’ai cessé de forcer un modèle inadapté, et pourquoi je construis aujourd’hui 2026 comme une année Narrative Design.
Pendant longtemps, j’ai cru que mes difficultés venaient d’un manque de méthode. En réalité, le problème n’était pas là. Mon imagination ne s’arrête jamais. Elle déborde, connecte, explore. Sans structure préalable, tout arrive en même temps, et cette profusion me fatigue plus qu’elle ne m’aide.
Je connais mon univers et ce que je veux raconter. Mais sans architecture claire, les idées se superposent, les intentions se brouillent, et je finis par survoler. J’ai compris alors que je n’avais pas besoin d’écrire plus, mais de concevoir avant d’écrire. Pour moi, penser l’architecture du récit n’est pas une étape intellectuelle : c’est une condition pour écrire sans m’épuiser.
C’est dans ce contexte que le Narrative Design a pris tout son sens. Non comme une discipline figée, mais comme un cadre dans lequel mon fonctionnement est respecté. Poser une architecture avant le texte me permet de clarifier mon intention, de savoir ce que je veux faire vivre au lecteur, et surtout d’éviter la dispersion. Sans ce travail en amont, je survole. Avec lui, je peux aller en profondeur.
J’ai aussi compris que cette phase de conception était indispensable pour traiter l’émotion avec justesse. Verbaliser directement ce que je ressens est difficile. Analyser, poser des questions avant d’écrire un chapitre, comprendre ce qui se joue réellement me permet de ne rien laisser échapper. Ce n’est pas une manière de contrôler le récit, mais de lui donner de la précision.
Cette prise de conscience m’a amenée à faire des choix concrets. L’organisation est devenue centrale, non pour me contraindre, mais pour canaliser une imagination débordante. Ce cadre agit comme un filtre : il ne limite pas mes idées, il m’évite de m’y perdre.
J’ai également cessé de forcer une progression linéaire. Mon esprit fonctionne de manière systémique : j’ai besoin de voir l’ensemble avant d’entrer dans les détails. Penser en architecture me permet d’écrire par fragments tout en gardant une direction claire.
Mon rapport à la quantité a lui aussi changé. Écrire au kilomètre ne m’a jamais réussi. Aujourd’hui, je préfère écrire moins, mais avec plus de présence et de précision. J’ai également séparé clairement les phases de travail : un premier jet libre, puis une phase d’affinage. Ce découpage a considérablement allégé ma fatigue mentale.
Enfin, j’ai revu mon rapport au temps. J’écris généralement une demi-heure par jour, parfois une heure quand l’inspiration est là. Entre 800 et 1500 mots, pas plus. Cette limite n’est pas une contrainte, mais une protection.
Construire 2026 comme une année Narrative Design n’est pas une résolution ambitieuse. C’est une manière de travailler alignée avec mon fonctionnement. En posant une architecture avant d’écrire, je ne cherche pas à contrôler le récit, mais à créer un espace suffisamment solide pour ne plus me disperser ni m’épuiser.
Ce choix marque surtout la fin d’un combat intérieur. Je n’essaie plus de reproduire un modèle qui ne me convient pas. Le Narrative Design devient un outil de clarté, de précision et de continuité.
Si cet article peut servir à quelque chose, j’aimerais qu’il rappelle ceci : ne pas entrer dans un moule ne signifie pas manquer de rigueur ou de talent. Parfois, il suffit de changer de cadre. Pour moi, 2026 sera l’année où je cesse d’écrire contre moi-même, et où je construis un espace narratif dans lequel je peux créer sans m’effondrer.
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