La réalité rattrape Sigtrygg dès son réveil… prisonnier d’une cage dorée.

Chapitre 13 : En cage

Le chant des oiseaux, tout proche, était si fort qu’il réveilla Sigtrygg… il maugréa. C’était toujours la même chose avec eux : impossible de dormir tranquille. Et d’ici peu de temps, sa mère franchirait la porte de sa chambre pour lui demander de s’occuper de Wei Han… 

Il se retourna sous les draps… Ils étaient si doux, si parfumés… si…

Sigtrygg ouvrit les yeux.

Où était-il ?

Il se redressa, puis s’arrêta à mi-chemin.
Un gémissement de douleur le stoppa net dans son mouvement… et, en même temps, les souvenirs de la veille affluèrent.

Il se laissa retomber sur le matelas. Son confort et sa douceur lui échappèrent. Son esprit restait focalisé sur… sur…

Son viol.

Le mot eut du mal à franchir le seuil de sa pensée. Sigtrygg ferma les yeux très fort, comme s’il pouvait effacer ses souvenirs ainsi. Il se tourna sur le côté et étouffa sa voix. Son postérieur lui faisait mal. 

Il réalisa. 

Il n’était pas à Tzayollan. Le parfum qui l’entourait lui confirmait qu’il était au Palais. Il n’était plus en cellule… mais… 

Sigtrygg souleva les draps et vit qu’il était vêtu d’une longue robe blanche. Un soupir de soulagement s’échappa de ses lèvres : il n’était pas nu. 

Il examina plus attentivement le vêtement en tissu léger. Quelques fils d’or formaient des broderies… et l’étoffe lui parut coûteuse, même si elle lui paraissait un peu transparente. Il rabattit la couverture. 

Son coeur battait à tout rompre… Si cet espèce de fou venait à le voir ainsi, qu’est-ce qu’il lui traverserait l’esprit ? Un pli amer crispa ses lèvres… ce « fou » était son mari à présent. 

L’idée le révulsa et il se couvrit la tête comme s’il pouvait s’en protéger ainsi. En position foetale, il essaya de voir toutes les possibilités qui s’offrait à lui…

Un coup léger à la porte, attira son attention. Il ne répondit rien. Peut-être que son visiteur passerait son chemin ? 

Un doux bruit de chariot lui fit sortir la tête des couvertures agacé. Il n’avait même pas entendu la porte s’ouvrir.

Deux domestiques se tenaient devant la porte… de sortie, tandis qu’une autre plaçait son charriot à ses côtés. Elle devait avoir dans la quarantaine bien tassée. Ses yeux noirs luisaient de sympathie et sa physionomie de matrone inspirait confiance. 

Pourtant, il se crispa en la voyant. Il observa attentivement ses déplacements, tout en gardant un oeil en direction des hommes postés à la porte. 

— Votre Altesse impériale, je m’appelle Violeta Zafon, et je suis l’intendante du palais. Aujourd’hui, je suis à votre service. Je vous ai apporté votre déjeuner. 

Sigtrygg l’écoutait d’une oreille, son attention était diriger vers ses gestes. Imperceptiblement, il glissait de l’autre côté du matelas pour maintenir une distance de sécurité. 

De son côté, entre plusieurs courbettes, elle soulevait les cloches d’où sortirent des odeurs appétissantes. Des plats comme jamais Sigtrygg n’en avaient vu, rivalisaient de couleurs et le dressage sophistiqué invitaient à y planter sa fourchette. La vaisselle rutilait avec le soleil au zénith. 

Il releva la tête et rencontra le regard de Zafon ne trahissait rien, mais était plus appuyé. Sigtrygg déglutit. 

Sigtrygg détourna le regard pour observer l’extérieur. Des grandes portes ouvertes donnaient sur une cour. Des arches d’un préau préservait l’ombre. Une fontaine entra dans son champ de vision… elle paraissait irréelle. Pour la première fois, il perçut le bruit tranquille le clapotis léger de l’eau.  

— Le chef cuisinier ne connaissait pas vos goûts. Il m’a demandé de m’enquérir auprès de vous…

Sigtrygg la coupa rapidement :

— Je mange de tout. 

Allait-il seulement pouvoir manger ? Rien que l’idée de manger lui tordait l’estomac. La nourriture était appétissante… Il plissa les yeux en s’attardant sur la sauce, la viande et les légumes… 

— Je lui en ferai part. Je vais vous laisser à présent, et prévenir le médecin impériale que vous êtes réveillé. 

— Le médecin ? s’étonna Sigtrygg. 

Il n’était jamais malade. 

— Vous avez été malade durant trois jours, votre Altesse impériale. 

Sigtrygg écouta d’une oreille distraite la domestique tandis qu’il restait immobile. 

Trois jours ? Il avait été inconscient trois jours

Son estomac gargouilla, le traître, le rappelant à l’ordre. Il était affamé, mais… 

Sigtrygg se leva avec précaution et repoussa le chariot. Il se dirigea vers les portes grandes ouvertes sur l’extérieur. Il s’agissait d’une cour entourée par trois bâtiments… la quatrième partie étaient ouvertes sur une rivière… Sigtrygg rejoignit la balustrade et sa gorge se noua. La terrasse donnait sur une falaise dont l’aplomb vertigineux découragerait n’importe quel imprudent. 

Il se retourna sur le palais. C’était un bâtiment rouge en brique, imposant. Plus imposant que les pyramides qui émaillaient le paysage de Tzayollan. 

Sigtrygg regagna sa chambre tout en détaillant la cour carrée. Une fontaine au centre, et des plantes inconnues de lui offraient une vue agréable et apaisante. Sigtrygg remarqua que mise à part les portes fenêtres qui donnaient sur sa chambre, l’édifice sur cette face n’offrait aucune autre ouverture. Ni porte ni fenêtre. 

Un pli amer affaissait ses lèvres. Il n’avait aucun échappatoire. 

Il rentra dans sa chambre… elle lui paraissait irréelle. Un luxe et un raffinement comme jamais il n’en avait vu, bien loin des grosses pierres taillées imbriquées les unes aux autres, des sols en dalles… et des plantes qui couraient le long des murs… 

Un sanglot le secoua. Il cacha son visage derrière ses mains… il subissait depuis son arrivé… ici. Mais où était ce « ici » ? 

Il se reprit très vite. Il n’allait pas pleurer… 

Pourtant, il mis un certain temps avant de retrouver sa composition. Il rejeta soudain la tête en arrière et respira plusieurs fois profondément. Chalquèn le gronderait s’il le voyait incapable de maitriser ses émotions. 

L’image de son père lui traversa l’esprit… 

Quel serait le regard qu’il poserait sur lui, en sachant tout ce qu’il s’était passé ? Sigtrygg eut un blanc… quand il reprit ses esprits, une légère buée s’échappa de sa bouche. Il leva ses mains, le bout de ses doigts étaient glacés… stupéfait, il vit de petits morceaux de givres sur le bout de ses ongles. Était-ce une hallucination ? Il ne savait pas…

Un frisson glacé le traversa. Il faisait chaud comme à Tzayollan, mais d’une chaleur sèche. Alors pourquoi avait-il froid ? Il devait bouger ! 

Sigtrygg remarqua une porte qu’il n’avait pas remarqué jusqu’ici. Il se dirigea vers elle… et découvrit une grande salle d’eau. Un bassin se trouvait au milieu… éclairé par le plafond totalement vitrée, l’eau paraissait cristalline. 

Sigtrygg s’approcha hypnotisé. 

Il retira son vêtement qui s’échoua sur le sol. Du doigt de pied, il toucha l’eau… elle était agréable. Sans attendre, il plongea son pied, puis l’autre… pour finalement s’immerger totalement. Il se laissa couler… L’image de la nuit de son passage à l’âge adulte vint le hanter ! 

Inconsciemment, il glissa sa main à l’arrière de sa nuque. 

Un sourire amer se figea sur son visage. Dire qu’il pensait avoir vécu une épreuve à l’époque… Sigtrygg nagea sous l’eau. Il remonta pour reprendre son souffle. 

Ses mains tremblaient. 

Il détacha son regard d’elles, et il fouilla autour de lui… tout était lisse, brillant, luxueux… et sans âme. Il déglutit en songeant à ce qu’il lui avait fait. En même temps, une colère sourde grimpa en lui. Il se sentait salit. 

La honte le submergea…  

Alors qu’il était inconscient, des gens l’avait vu souiller… On l’avait déshabillé, lavé et vêtu de cette étoffe ridicule ! Un regard de haine se dirigea dans la direction où la chemise de nuit demeurait. 

Le froid le gagna de nouveau. 

Était-ce son humiliation, sa culpabilité d’être faible ou son désespoir qui le glaçait ? 

Sigtrygg tremblait de la tête et pied. 

Il commença à se frotter le corps avec ses mains. Il ne savait pas si c’était pour se réchauffer ou bien… est-ce pour effacer les traces de son déshonneur? Plus le temps passait, plus ses gestes devenaient de plus en plus fort… les images qui lui traversaient l’esprit durant ce laps de temps le rendirent fébrile. 

Comment n’avait-il pas pu se défendre ? Pourquoi lui ? Qu’avait-il fait ?  Que lui voulait ce fou ? Pourquoi voulait-il un homme pour époux ? 

Épouse ?!

Il eut un hoquet de dégoût. Sigtrygg n’avait rien contre les femmes, il les aimaient même, mais depuis qu’il avait été kidnappé c’était comme si cet homme prenait un malin plaisir de le rabaisser… Non seulement, il lui prenait sa liberté, mais aussi son identité !

Il était faible ! 

Voilà pourquoi tout cela lui arrivait. 

Une colère diriger contre lui-même l’assaillit. 

Sigtrygg ne remarqua même pas que sa peau devenait rouge… ni les griffures qu’il s’infligeait. Trop concentré par ses idées noires, Sigtrygg s’agitait qu’il finit par perdre l’équilibre. Il voulut se rattraper par réflexe sur le bord proche, mais une crampe au mollet fulgurante le figea de douleur. 

Il glissa plus vite. Sa main rata le rebord. 

Son crâne se percuta violemment contre le rebord trop lisse du bassin. Le monde autour de lui devint flou… pour devenir noir. Sigtrygg ne ressentait plus rien à présent. 


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