
Quand on parle de conflit dans une histoire, beaucoup imaginent immédiatement une dispute, une confrontation ou un affrontement direct entre deux personnages.
Je vais aborder la notion la plus courante du conflit. Il y a plusieurs types de conflits, et ici je vais parler du conflit dynamique entre deux personnes. Parce que oui, un conflit peut être passif, interne : par exemple, un deuil à surmonter, ou le choc d’une révélation sur un événement que l’on n’a pas anticipé.
Il faut également différencier le conflit du faux conflit.
Une scène peut sembler tendue parce que les personnages crient, s’insultent ou se confrontent violemment. Pourtant, si rien n’est réellement en jeu émotionnellement, ou si cette confrontation ne modifie ni les personnages ni l’intrigue, alors le récit reste souvent dans un statu quo.
Le conflit n’a donc pas toujours besoin d’être spectaculaire pour exister. Même dans un échange entre deux personnages, il peut prendre des formes beaucoup plus discrètes.
Le conflit dynamique est souvent représenté comme une explosion. Pourtant, certaines des scènes les plus oppressantes naissent du silence, du retrait ou d’une réponse qui ne vient jamais. En fait, le conflit naît de l’émotion.
Cette dernière est souvent contenue, latente, et elle mène soit à une explosion qui amène du bruit et de la colère, soit (le plus souvent) à un conflit interne. Et cela se traduit par des regards, un geste interrompu, une politesse devenue plus froide, un regard qui ne fuit plus… ou une phrase qui semble calme… mais qui enferme déjà quelqu’un.
Le conflit est profondément humain, parce qu’il prend naissance dans l’émotion. Derrière une dispute, un silence ou un affrontement, il y a presque toujours une peur, un désir, une frustration, une vulnérabilité ou une vérité que quelqu’un n’arrive plus à contenir.
Cette tension permet d’apporter une friction dans le récit et de faire avancer l’arc des personnages ainsi que l’intrigue principale ou secondaire.
L’oppression dramatique ne vient pas toujours du bruit.
Dans le silence des agneaux :
- beaucoup de scènes sont calmes ;
- contrôlées ;
- presque polies.
Et pourtant :
tension maximale.
Pourquoi ?
Parce que :
- regards ;
- pauses ;
- sous-entendus ;
- intelligence ;
- domination psychologique ;
- espace ;
- silence ; créent un conflit constant.
Hannibal Lecter ne “hurle” presque jamais.
Et pourtant :
chaque scène avec lui est un duel.
Même :
- sa manière de parler ;
- respirer ;
- regarder Clarice ;
- attendre ; devient conflictuel.
Et Shining aussi, totalement.
Parce que pendant une énorme partie du film :
le conflit est atmosphérique.
C’est :
- le vide ;
- les couloirs ;
- l’isolement ;
- le malaise ;
- les micro-changements ;
- le regard de Jack ;
- les silences ;
- la répétition.
La violence finale fonctionne justement parce que :
la tension a été accumulée lentement.
Et honnêtement ?
Je pense que ce genre d’œuvres te marque parce que :
elles comprennent le poids du non-dit.
Elles savent que :
- l’attente ;
- le malaise ;
- l’absence de réaction normale ;
- le contrôle ; peuvent être beaucoup plus oppressants :
qu’une explosion immédiate.
Et ça rejoint totalement ton instinct d’écriture :
- le regard du majordome qui détourne les yeux ;
- Byakuya qui “obéit calmement” ;
- une main qui reste suspendue ;
- un personnage qui se tait ;
- quelqu’un qui quitte une pièce.
Ce sont :
des conflits silencieux mais très violents émotionnellement.
Dans le prochain article, je reviendrai plus concrètement sur les outils permettant de développer un conflit silencieux : le sous-texte, la micro-violence verbale, la tension passive ou encore les jeux de domination émotionnelle.
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