
J’ai longtemps eu un problème qui, vu de l’extérieur, pouvait presque passer pour une qualité : j’ai beaucoup d’idées.
Une idée en entraîne une autre. Un projet ouvre une possibilité. Cette possibilité en révèle trois autres.
Le problème n’était donc pas de savoir quoi faire.
C’était de savoir quoi ne pas faire maintenant.
Quand toutes les idées deviennent des projets
Le mécanisme est assez simple.
J’ai une idée intéressante, alors je commence à la développer.
En travaillant dessus, j’en découvre une deuxième qui mérite également d’être explorée. Puis une troisième. Je commence plusieurs choses parce qu’elles sont toutes intéressantes et que je ne veux pas les perdre.
Très vite, je me retrouve avec beaucoup de travail commencé et très peu de travail terminé.
Et quelque chose d’étrange se produit alors : j’ai travaillé énormément, mais j’ai l’impression de ne pas avancer.
Cette impression finit par produire de la fatigue, puis du découragement.
Ce n’est pas nécessairement un problème de motivation ou de discipline.
Parfois, il y a simplement trop de portes ouvertes en même temps.
Une idée n’est pas une tâche
C’est probablement l’une des distinctions les plus utiles que j’ai apprises ces derniers mois.
Je peux noter une idée sans commencer à travailler dessus.
Elle n’a pas besoin d’être développée immédiatement pour continuer à exister.
Elle peut attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois. Lorsque je la retrouverai, elle aura peut-être changé. Mon expérience aura évolué. Une autre idée l’aura complétée. Elle sera peut-être devenue inutile.
Et ce n’est pas grave.
Une idée abandonnée n’est pas nécessairement du travail perdu, puisqu’elle n’avait jamais besoin de devenir du travail.
Partir de ce dont j’ai besoin maintenant
Aujourd’hui, j’essaie donc de partir davantage de mes besoins réels.
Quel est le projet sur lequel je travaille ? Qu’est-ce que je dois terminer ? De quel livrable ai-je besoin pour avancer ?
À partir de là, je peux aller chercher les idées pertinentes parmi toutes celles que j’ai accumulées.
Ce fonctionnement ne réduit pas ma créativité. Il lui donne simplement un cadre. Les idées continuent d’arriver.
La différence est que je ne leur donne plus automatiquement une place dans mon emploi du temps.
Finir pour pouvoir avancer
J’ai longtemps associé la créativité à la multiplication des possibilités.
J’apprends maintenant qu’elle consiste aussi à en fermer certaines.
Pas définitivement. Simplement pour aujourd’hui.
Terminer quelque chose me permet de libérer l’espace mental qu’occupaient toutes les décisions encore ouvertes. Et lorsque je passe au projet suivant, je ne traîne plus derrière moi une succession de travaux commencés qui attendent silencieusement que je revienne.
Je peux toujours explorer. Je peux toujours changer d’avis. Je peux toujours conserver cent cinquante mille idées quelque part. Mais elles n’ont pas toutes besoin d’exister en même temps.
Et parfois, pour avancer davantage, il ne faut pas trouver une nouvelle idée.
Il faut simplement terminer celle qui est déjà devant soi.
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